Si le mensonge avait un visage ce serait celui d’Henri Grothe, ex-militant du Kwa na kwa, le parti fondé par François Bozize. Si la honte pouvait tuer, il y a longtemps qu’on aurait plus entendu parler de cet homme qui, chaque jour, annonce des faits alternatifs sur ses réseaux sociaux.
Récemment, il a annoncé avec un aplomb de parvenu que Sani Yalo aurait fui Bangui pour N’Djamena via Brazzaville parce qu’il serait accusé de vouloir faire un coup d’État contre le président Faustin Archange Touadéra. Il n’est pas à sa première affabulation puisqu’il a, quelques jours plus tôt, informé les abonnés de sa page Facebook que le village du président Touadéra aurait été attaqué par des hommes armés. Alors que tout ceci est faux.
Ces inventions successives ne relèvent pas de l’erreur ou de l’emballement. Elles forment un système. Un système destiné à entretenir la confusion, à discréditer les autorités centrafricaines et à semer la méfiance au sein d’une opinion déjà fragilisée par des années de crises. Derrière l’écran, Henri Groth ne se contente pas de commenter l’actualité : il la fabrique, à coups de rumeurs présentées comme des scoops, de captures d’écran truquées et d’analyses complotistes.
Tout ceci traduit une haine tenace qu’il nourrit contre tous ceux qui donnent l’impression de vivre mieux que lui. En réalité, il souffre de ce que les sociologues appellent le déclassement social. Lui, dont le père est un magistrat, aurait bien aimé avoir une meilleure carrière, faire plus que son paternel. Mais hélas, il est réduit à vivre des minima sociaux en France, loin des ors du pouvoir qu’il a sans doute un jour espéré toucher à Bangui. De cette frustration personnelle naît une véritable entreprise de démolition.
Chaque mensonge qu’il propage sur les réseaux sociaux devient une revanche symbolique contre ceux qu’il accuse de tous les maux. Et Sani Yalo est une cible idéale. D’abord parce qu’il est à l’abris du besoin et qu’ensuite il est au sein du pouvoir, ce qui lui procure certains avantages qu’Henri Grothe recherche en vain.
Le plus inquiétant est que ces affabulations trouvent un écho. Dans un pays où l’information circule encore trop souvent par WhatsApp et Facebook, où la confiance dans les institutions reste fragile, un homme seul peut, depuis son ordinateur en région parisienne, contribuer à déstabiliser les esprits. Grothe excelle dans l’art de la petite phrase assassine, du sous-entendu venimeux et de la victimisation permanente. Il se pose en lanceur d’alerte alors qu’il n’est qu’un diffuseur de fiel.
La Centrafrique n’a pas besoin de cela. Le pays affronte des défis immenses : reconstruction, sécurité, développement. Il n’a surtout pas besoin que d’anciens militants aigris transforment leur ressentiment personnel en poison public. La démocratie et la paix se construisent aussi sur la vérité des faits. Face aux professionnels de la calomnie, le devoir de tout citoyen responsable est de leur opposer la rigueur, la vérification et, quand cela s’impose, le mépris.
Henri Groth n’est pas un simple troll. Il est devenu l’un des vecteurs les plus actifs de la désinformation sur le destin centrafricain. Et tant qu’il continuera à cracher sa rancœur sur la toile, il faudra lui rappeler, sans relâche, que le mensonge, même répété mille fois, ne devient jamais vérité.