La République centrafricaine a officiellement lancé, le 18 juin à Douala, un nouveau dispositif de gestion du Bordereau électronique de suivi des cargaisons (BESC), confié au groupe Albatros. Présentée par les autorités camerounaises et centrafricaines comme un outil de modernisation et de sécurisation des recettes publiques, cette plateforme vise à renforcer la traçabilité des marchandises, améliorer le contrôle des flux financiers et fluidifier les échanges sur le corridor stratégique reliant les ports camerounais à Bangui.
Derrière le jargon administratif du Bordereau électronique de suivi des cargaisons (BESC), c’est en réalité une bataille pour le suivi et la sécurisation des recettes publiques entre le port de Douala et la République centrafricaine que les autorités de Bangui viennent d’engager .
Et c’est à Douala, la capitale économique camerounaise, que les autorités des deux pays ont officiellement lancé un nouveau dispositif de gestion du BESC. À la cérémonie figuraient les ministres des Transports du Cameroun et de la République centrafricaine, Jean Ernest Massena Ngallè Bibèhè et Herbert Djono Ahaba, ainsi que Sani Yalo, président du conseil d’administration du groupe Albatros, désormais opérateur unique du système.
L’enjeu dépasse largement la simple modernisation administrative. Pour Bangui, il s’agit avant tout de reprendre la main sur des flux financiers qui échappent encore trop souvent au contrôle de l’État.
Depuis des années, la question de la traçabilité des marchandises transitant par le corridor Douala-Bangui constitue un défi majeur. Retards, lourdeurs administratives, difficultés de contrôle et manque de visibilité sur certaines opérations commerciales ont régulièrement alimenté les critiques des opérateurs économiques comme celles des autorités publiques. Chaque faille dans le dispositif ouvre potentiellement la voie à des pertes de recettes pour un État dont les ressources demeurent limitées.
C’est précisément ce constat qui a guidé la réforme présentée à Douala.
Selon Herbert Djono Ahaba, ministre centrafricain des Transports, le nouveau mécanisme permettra de renforcer le contrôle des flux financiers et d’améliorer la transparence dans la gestion des opérations commerciales. Une ambition qui explique, selon lui, le choix porté sur le groupe Albatros pour assurer la gestion du dispositif et garantir une meilleure coordination des activités liées au BESC ainsi qu’à la redevance armatoriale.
Autrement dit, l’objectif est clair : réduire les zones d’ombre, limiter les pertes et sécuriser davantage les revenus publics.
Du côté de l’opérateur, le discours est tout aussi ambitieux. Sani Yalo, président du conseil d’administration du groupe Albatros, a réaffirmé l’engagement de son institution à accompagner durablement les efforts de modernisation de l’État centrafricain. Selon lui, la plateforme offrira plusieurs avantages majeurs : une traçabilité en temps réel des marchandises destinées à la République centrafricaine, une sécurisation renforcée des recettes publiques ainsi qu’une réduction significative des délais de traitement pour les opérateurs économiques.
Une promesse qui, si elle se concrétise, pourrait modifier en profondeur le fonctionnement du principal corridor commercial du pays. Car derrière les procédures numériques se joue une question stratégique : la compétitivité même de l’économie centrafricaine. Chaque jour gagné dans le traitement des formalités administratives représente un coût en moins pour les importateurs. Chaque cargaison mieux suivie réduit les risques de fraude. Chaque recette mieux identifiée contribue au financement de l’action publique.
Dans une région où la digitalisation des administrations progresse à des rythmes inégaux, Bangui fait ainsi le pari de la technologie pour renforcer sa souveraineté financière.
Reste désormais à transformer les promesses en résultats. Car en matière de gestion des recettes publiques, les logiciels ne valent que par la rigueur avec laquelle ils sont appliqués. Le véritable test du nouveau dispositif ne se jouera pas dans les salles de conférence de Douala, mais sur les quais des ports, dans les bureaux des transitaires et dans les caisses de l’État centrafricain.
C’est là, et seulement là, que l’on saura si la révolution annoncée du BESC aura effectivement permis de fermer les robinets des recettes perdues.